Arsmusicae

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mercredi 14 avril 2010

Pas de musique sur les radios de Mogadiscio

Le 3 avril dernier les insurgés du groupe islamiste Hezb al-Islam ont interdit sous dix jours sous peine de représailles la diffusion de musique à Mogadiscio. Ils l'estiment « maléfique ». Toujours le même discours que l'on peut entendre chez de nombreux islamistes (voir les autres billets)

Depuis mardi 13 avril les 14 radios privées situées ou non dans les quartiers de la capitale somalienne contrôlés par les insurgés ne diffuse donc plus de musique parce qu'ils ont peur.

« Cette interdiction était la mesure la plus appropriée pour éliminer des pratiques maléfiques car écouter de la musique et des chansons est illégal au regard de l'Islam et tout contrevenant à cet ordre devra en assumer les conséquences », (Cheikh Mohamed Ibrahim un responsable de ce groupe à lAFP).

Les témoignages de consternation sont nombreux :

« Ce jour, nous assistons au musellement officiel des médias indépendants. Les radios locales ont arrêté de diffuser tout type de musique ou de chanson après l'expiration du délai donné par les islamistes », (déclaration à l'AFP de Mohamed Ibrahim, un des responsables de l'Union nationale des journalistes somaliens (UNSOJ). ». « Nous dénonçons cette mesure comme une violation patente de la liberté d'expression (...) car d'ultimatum en ultimatum, il n'y aura (bientôt) plus de médias indépendants dans ce pays », a-t-il mis en garde.

« Personne n'ose désobéir à leurs ordres car cela peut mettre votre vie en danger », ( Osman Gure, directeur de la populaire Radio Shabelle).

« Ce matin, j'ai diffusé mes programmes sans musique. Tout part à vau-l'eau dans ce pays et si nous ignorons ce qu'ils disent, (alors) nous négligeons notre sécurité », (Abdiaziz Mohamed Dirie , rédacteur en chef à la radio Simba)

« Nous obéissons à leurs règles en nous abstenant de diffuser de la musique et des chansons et à partir d'aujourd'hui, nous programmons des poèmes traditionnels », (Mohamed Haji Bare, directeur général de la Radio Danan à l'AFP)

« Le divertissement a quitté cette ville. Je crois qu'on entendra à nouveau de la musique que lorsqu'on quittera la Somalie. Tout le monde est choqué par ces mesures sévères », (Muhubo Ali, 18 ans).

« J'avais l'habitude d'écouter des chansons somaliennes diffusées par les radios mais je suis à la maison aujourd'hui et tout est parti. Pas de chansons »,( Mohamed Bare, 24 ans).

On en trouve qui aquiescent :

« C'était (la musique) une chose diabolique; cela fait partie des mesures pour éradiquer ce genre de pratiques maléfiques et dès lors, ça ne nous pose plus de problème si nous n'écoutons plus de musique », (Bile Yusuf, 36 ans et père de deux enfants)

Hezb al-Islam et ses alliés shebab se réclament d'Al-Qaïda et appliquent une forme très stricte de la Charia dans les zones qu'ils contrôlent. « Ces derniers mois, en divers endroits du pays, des habitants surpris en train de danser sur des musiques traditionnelles ont été fouettés, des hommes arrêtés pour avoir taillé leur barbe et des jeunes réprimandés pour avoir joué au football en short. La télévision par satellite est proscrite dans de nombreuses régions tandis que les cinémas ont été fermés dans le centre et le sud de la Somalie » (source http://www.musicologie.org/actu/04/14.html) .

Ils se sont déjà illsutrés dans l'interdiction des jeux vidéos en janvier dernier :

Un groupe d'insurgés islamistes radicaux somaliens, Hezb al-Islam, a interdit les jeux vidéo dans les zones sous son contrôle, selon un communiqué transmis jeudi à l'AFP.

"A compter de deux jours après ce communiqué, toutes les salles de jeux vidéo dans les zones sous contrôle d'Hezb al-Islam devront fermer et les jeux vidéo seront interdits", selon le communiqué.

"Les jeux vidéo sont conçus de telle façon qu'ils détruisent nos traditions sociales et pour cette raison, toute personne transgressant cette décision sera punie et son matériel confisqué", ajoute le texte.

Le communiqué est signé de Cheikh Mohamad Omar, chef de la propagande pour Hezb al-Islam, un groupe insurgé dirigé par l'influent Cheikh Hassan Dahir Aweys et qui contrôle des petites poches de territoire dans et aux abords de Mogadiscio.

Les jeux vidéo sont particulièrement populaires dans les camps de déplacés situés à l'extérieur de Mogadiscio où s'entassent des dizaines de milliers de personnes qui ont fui les combats de la capitale.

Enfants et adolescents se retrouvent souvent après l'école dans des salles de jeu pour jouer sur des ordinateurs moyennant 5.000 shillings somaliens (environ 0,15 dollar) la demi-heure. (belga) 28/01/10 11h59

C'est ce groupe qui a assasiné deux hommes, l'un par lapidation pour adultère, l'autre par balle pour meurtre en décembre dernier. Ce sont eux qui depuis mai 2009 tentent de renverser le gouvernement somalien de transition soutenu par la communauté internationale. Ils avaient capturés deux agents de renseignements français en juillet 2009, dont l'un s'était échappé. Le second est toujours en captivité, les milices Shehab réitèrent leurs conditions pour le libérer : "cesser immédiatement tout soutien politique et militaire au gouvernement apostat de Somalie et retirer le personnel et les conseillers français du pays".

La Somalie connait une guerre civile depuis 1991 et n'a plus de pouvoir central depuis 18 ans. Et maintenant ils n'ont plus de musique.

dimanche 14 février 2010

Les voila enfin les accords pour la musique et l'audiovisuel.

Post scriptum de l'"Arrogance de la médiocrité" en guise de mise à jour de cette épineuse question.

En février deux mille dix
Dans le Bulletin Officiel
La musique, l'audiovisuel,
Trouvent enfin un compromis.
Il vient après le protocole
Sur l'imprimé dans les écoles.
Contrairement à celui-ci,
Arrivé là à échéance-
C'est décidément pas de chance-
Aura une durée de vie

De trois ans. Sa prolongation,
Par tacite reconduction,
Assure une pérennité
A un curieux dispositif
Assez contraignant, incomplet -
Pour le dire en un mot : poussif !-
Mais qui témoigne d'avancées
Attendues depuis des années.
Qu'y a-t-il donc de plus qu'avant ?
Deux choses principalement :

Pouvoir en classe diffuser
Des VHS, des DVD,
Des oeuvres des chaînes payantes,
Sous forme d'extraits calibrés.
Et pouvoir les incorporer,
Dans des travaux pédagogiques
Mis en ligne. C'est fantastique,
Les oeuvres des chaînes gratuites
Pourront aussi être introduites !
En extrait seulement... Touchante

Intention frisant le tragique
Quand on songe que la musique
Pourra dans ces travaux s'entendre
Moins de trente secondes. Tendre
L'oreille sera difficile.
En si peu de temps. Et puis s'il
Veut intégrer dans didapages
Des vidéos du moyen-âge
L'enseignant les calibrera
A moins de six minutes. Na!

Pour ce post-scriptum, finissons
Par rappeler que tout extrait
Musical ou audiovisuel
Mis en ligne ou bien projeté
Est soumis à d'autres contraintes.
Mais de tout cela n'ayons crainte,
Inutile de préciser
Le compromis, en vrai rituel,
N'a rien innové*, c'est parfait.
Et là s'arrête ma chanson.

  • : Ce sont les mêmes limitations que pour les accords sectoriels : la durée de l'extrait est limitée au dixième de la durée totale de l'oeuvre, et la durée de tous les extraits d'une même oeuvre ne doivent pas dépasser 15% du total. Une musique peut-être diffusée intégralement en classe, mais il faut recourir à des extraits pour les sujets d'examens et concours, ou bien lors des conférences et colloques.

vendredi 29 janvier 2010

Russie : le chanteur du groupe préféré de Poutine devient député

On avait eu la chanson de Souliko préférée de Staline et rayée par Chostakovitch,lequel fut inquiété par le pouvoir. On a maintenant le groupe préféré de Poutine dont le chanteur vient d'être fait député. Un pays a vraiment les musiciens qu'il mérite.

Lire l'article de l'AFP :

AFP - Le chanteur du groupe Lioubé, la formation musicale préférée du Premier ministre russe Vladimir Poutine, a été désigné député à la chambre basse du Parlement, la Douma, a annoncé mercredi la Commission électorale russe.

Nikolaï Rastorgouev, fervent partisan de M. Poutine depuis des années, récupère le siège d'un député, Sergueï Smetianouk, nommé au gouvernement, indique la commission dans une décision transmise à l'AFP.

"La Commission électorale centrale de la Fédération de Russie ordonne que le siège vacant soit attribué (...) à Nikolaï Viatcheslavovitch Rastorgouev", y-est-il indiqué.

M. Poutine avait déjà décoré en 2007 le chanteur "pour services rendus à la Patrie", le groupe Lioubé s'étant spécialisée dans des ballades aux textes très patriotiques.

Autre honneur fait au groupe, la nuit de l'élection de Dmitri Medvedev à la présidence russe en mars 2008, ce dernier et M. Poutine avaient traversé la place Rouge au son d'une chanson de Lioubé, évoquant les guerres de Tchétchénie.

"On attaque dans tous les sens, les tanks, l'infanterie, le feu de l'artillerie. On nous tue, mais nous survivons. Et nous nous lançons de nouveau à l'attaque", chante notamment Lioubé dans ce morceau.

mercredi 13 janvier 2010

L'arrogance de la médiocrité

Ou comment les droits d'auteurs et droits voisins polluent l' « Edusphère »

Ce pamphlet versifié résume ce que je pense des règles encadrant l'usage des oeuvres protégées dans l'enseignement.

Il est lisible ici

Bonne lecture.

samedi 9 janvier 2010

Par ici les gros sous...

Et voilà deux bonnes nouvelles pour les maisons de disque :

1 ils vont toucher davantage au nom de la rémunération équitable car la redevance sur les lieux sonorisés va augmenter . Le niveau va se rapprocher de ce qu'il est pour les auteurs (dépêche AFP)

2 la proposition du rapport Zelnik de créer une carte musique pour les jeunes, subventionnée par l'Etat va arrondir les fins de mois des maisons de disque

"Et ça continue encore et encore"

Et on est toujours en attente de l'application de l'exception pédagogique.

petite info : les droits du seul boléro de Ravel rapportent plus de deux millions d'euros par an (enfin en 2000, selon le numéro du Point le 14 juillet de cette année là, peut-être que cela a changé ... en mieux). C'est ce qu'ont coûté les accords sectoriels education-ayants droit.

Bonne année

mardi 22 décembre 2009

« Les chats persans », ou la musique underground iranienne.

Le 23 décembre sort un film sur l'oppression que subit certaines formes de la musique en Iran. Le réalisateur Bahman Ghobadi y parle de la vie musicale underground de Téhéran.

Synopsis : A leur sortie de prison, une jeune femme et un jeune homme musiciens décident de monter un groupe. Ils parcourent Téhéran à la rencontre d'autres musiciens underground et tentent de les convaincre de quitter l'Iran. N'ayant aucune chance de se produire à Téhéran, il rêvent de sortir de la clandestinité et de jouer en Europe. Mais que faire sans argent et sans passeport ..

Dans une interview Bahman Ghobadi parle de ce qu'il a vécu, extraits :

A propos du film :

  • J’ai fait un film dans lequel les musiciens jouent leur propre rôle
  • La musique underground en Iran, ce n’est pas comme en France. Là- bas, le gouvernement essaie d’étouffer tout. Ici, les gens ont une liberté incomparable.
  • Les personnages principaux sont sortis de l’Iran quatre heures après le dernier plan. L’un d’entre eux, celui qui a fait la musique du film (Mahdyar Aghajani) , a demandé l’asile à la France et il a peur de devoir rentrer en Iran où il serait arrêté et torturé.

A propos de la musique en Iran :

  • La musique est interdite, essentiellement. Même pour la musique traditionnelle, une femme seule ne peut chanter, il faut qu’il y ait trois, quatre voix en même temps.
  • A la télévision publique iranienne, on ne peut pas montrer un instrument de musique, on dit qu’ils sont illicites.
  • Si vous voulez jouer de la musique, il faut une autorisation. Vous devez présenter vos enregistrements au Ministère, qui va demander de modifier tel ou tel morceau, voire tout refuser.
  • A propos du rappeur iranien Hichkas : « On lui a saisi son passeport pour qu’il ne puisse pas sortir du pays. »
  • La plupart des musiciens underground sont très sereins, ils ne sont ni drogués ni alcooliques, mais si vous voyez de rares personnes qui se réfugient là- dedans, c’est à cause de la pression qu’on exerce sur eux. Le gouvernement fait de fausses publicités sur ces gens là, en disant qu’ils sont anormaux, qui vénèrent Satan. Ils essaient de montrer que les jeunes gens ne doivent pas prendre exemple sur eux. Il y a même des émissions de télévision pour cela.

Ce qui ne l'empêche pas de dire : «  Avec ce film et cette musique, je me sens plus proche de Dieu qu’avant. »

Avec toutes ces réflexions et remarques j'ai glané quelques infos sur le net à propos de la censure de la musique en Iran. En voici la substantifique moëlle.

I Les postulats de Khomeiny et leurs conséquences

Tout d'abord les interdits musicaux hérités de la révolution de 1979 et des prises de position de l'Ayatollah Khomeiny, en particulier une célèbre allocution. « Cette allocution s'adressait aux responsables de Radio-Dariâ ("Radio-Mer") qui diffusait principalement de la musique légère destinée aux stations balnéaires. Elle vise donc un type de musique particulier qui a effectivement été supprimé officiellement très tôt après la révolution. » (in « L'oreille islamique. Dix années capitales de la vie musicale en Iran 1980-1990 » de Jean During, C.N.R.S., Paris. 1992)

Titre : La Radio-Télévision doit donner de la force à la jeunesse

  • (...) Parmi les choses qui engourdissent le cerveau de notre jeunesse, il y a la musique. (…) La musique est une chose qui, bien entendu, est plaisante pour chacun de par ses sens naturels (bar hess-e tab'), cependant elle écarte l'homme du sérieux et le transforme en une créature futile et vaine. (…)
  • Le jeune qui passe son temps à la musique devient totalement inconscient des problèmes de l'existence et des problèmes sérieux, comme cela se passe avec l'accoutumance aux drogues. (...)
  • La musique affecte la pensée de l'homme de telle sorte qu'il ne peut plus penser que dans ce contexte dépravé (shahvat) et à toutes ces autres choses liées à la musique. (…)
  • Il ne faut pas que l'institution de la radio-télévision diffuse dix heures par jour de la musique et que notre jeunesse forte en subisse un affaiblissement.
  • La musique n'est pas différente de l'opium. L'opium apporte une sorte de fatigue et d'apathie, et la musique de même. (…)
  • Dorénavant, il faut changer la télévision et la radio en un instrument d'éducation et supprimer la musique (...)
  • La musique est une trahison à la patrie, une trahison à notre jeunesse. Supprimez totalement cette musique. (...)

(Journal Keyhân, 1 Mordâd 1358/1979).

De fait l'Etat islamique impose (ib J. During) :

  • la prohibition ferme et la quasi-disparition de la musique légère ou motrebi (chansons à la mode orientales ou occidentales, musique traditionnelle urbaine de divertissement);
  • la prohibition (pour le public masculin) de l'art vocal féminin en solo (ainsi que de toute danse féminine), et de surcroît la prohibition des enregistrements d'art vocal féminin;
  • l'interdiction pour certains chanteurs et instrumentistes de se produire en public, en raison de leur ancienne réputation jugée incompatible avec les nouvelles valeurs morales et politiques.

Par conséquent on trouve en Iran - en 1992 selon cette étude - « trois tendances en ce qui concerne l'attitude par rapport à la musique (ib) :

  • d'un côté, les libéraux qui souhaitent que toute forme de musique puisse être librement pratiquée et écoutée;
  • de l'autre les "puritains" qui, s'appuyant sur les traditions et le droit canon, ne tolèrent que les musiques de caractère grave, dépouillé et retenu, ou même proscrivent les instruments de musique à l'exception de ceux en faveur desquels la jurisprudence a statué positivement.
  • Entre les deux se situe une grande majorité d'artistes et d'amateurs qui, tout compte fait, s'accommodent bien du mouvement révolutionnaire d'"épuration" qui a conduit à l'éradication de la musique légère (motrebi) et des chansons à la mode. En effet, dans le passé, ce genre éclipsait la musique d'art, la concurrençait ou se substituait à elle au prix de quelques aménagements.

« La musique d'art a largement bénéficié de cette épuration, bien qu'elle ait été contrainte de mettre en gage son plus brillant joyau qu'est le chant féminin. ».

Dix ans après l'allocution de 1979 , une ouverture semble possible, tout n'est alors qu'une question d'interprétation des propos de l'Imam :

Question : "Si on utilise les instruments de musique (lit. "les instruments de débauche") d'une manière licite, telle que l'interprétation de chants patriotiques (sorud), est-il permis de les acheter et les vendre" ?

Imâm Khomeyni : - "L'achat et la vente des instruments liés à l'intention d'un usage licite ne fait pas d'objection."

(...). Service politique du (journal) Keyhân, le 19-6-1368 (septembre1989)

De fait il subsiste différentes formes de musique autorisées, liées à des contenus savants occidentaux ou non. Mais il est évident que toute la musique « légère » d'influence occidentale est brutalement réprimée, comme l'est celle qui va à l'encontre des principes érigés par les gardiens de la Révolution.

II La courte embellie de « l'ère » Khatami avant l'arrivée d'Ahmadinejab

« Après la victoire du président réformateur Khatami, en 1997, les artistes réussirent à récupérer certaines libertés : le retour de la musique pop, l'organisation de concerts, et, plus récemment, la vente officielle des cassettes de certains chanteurs occidentaux triés sur le volet – Pavarotti, Julio Ilesias, Cat Stevens. » (tiré de l'article daté du 26 décembre 2005 visible ici  Mais le printemps culturel ne dura pas longtemps. A l'arrivée d'Ahmadinejad à la tête de la mairie de Téhéran, en 2003, la plupart des concerts occidentalisés furent à nouveau proscrits. Aujourd'hui, des dizaines d'autorisation sont bloquées au ministère de la Culture. «Nous sommes en train de faire un bond en arrière», s'inquiète Farzam Rahimi, le leader du groupe Meera. Dégoûté, son guitariste est récemment parti pour l'Allemagne. Son pianiste a fait route vers le Canada. Dans un mois, Farzam quittera à son tour l'Iran. » (ib)

Pourtant, en avril 2005 à l'UNESCO voici ce que disait le président Khatami à propos de la culture et de la musique en particulier :

«Le dialogue des cultures et des civilisations » nécessite également que l’on s’occupe davantage du manque d’intérêt et de goût chez les nouvelles générations pour connaître les sources de la pensée, de la culture, de la poésie et de l’esthétique. Or, que signifierait la vie sans le sourire de Bouddha, sans l’amour de Jésus et la compassion de Moïse, sans l’eau et le feu de Zarathoustra sans le mot et le sens coraniques? Que serait-elle sans la musique céleste et cosmologique de Pythagore, sans l’idée transcendantale platonicienne sans la logique, la politique, la physique et la métaphysique aristotéliciennes, sans la vision unificatrice de Plotin, sans la Sagesse divine d’Al- Farabi, d’Avicenne et d’Averroès, sans la théosophie illuminative de Sohrawardi, sans la folie sacrée des grecs et leur raison méticuleuse, sans l’océane agité de la poésie mystique persane, sans la finesse joyeuse de la poésie amoureuse arabe, sans la blancheur des cerisiers en fleur et des HaïKaï japonais, sans le regard et le coeur fascinés et fascinants d’Ibn-Arabi et de Maître Eckhart sans la nuit angoissante des Romantiques, sans le siècle des Lumières, sans Descartes, Spinoza, Kant, Hegel, Schopenhauer, Pascal, Kierkegaard et Bergson, sans la musique éternelle de Bach, Beethoven et Mozart.
Bref, et en un mot que resterait-il de la vie sans la peinture, la musique, la sculpture, le théâtre et la poésie, sans tout ce que l’humanité nous a légué de beau, d’idéal, de culture et de pensée ?

Tout bascule après les élections présidentielles de juin 2005 (extraits tirés de l'article visible ici :

  • Le président radical Mahmoud Ahmadinejad a interdit aux stations de radio et aux chaînes de télévision iraniennes de diffuser de la musique occidentale, en remettant en vigueur un des décrets culturels les plus durs depuis les premiers jours de la Révolution islamique en 1979. Associated Press, Téhéran - De NASSER KARIMI.
  • Des chansons, telles que « Careless Whisper » de George Michael, « Rush » d'Eric Clapton et « Hotel California » des Eagles, accompagnaient régulièrement les émissions iraniennes, tout comme des morceaux du saxophoniste Kenny G.
  • Le quotidien persan officiel IRAN a rapporté qu'Ahmadinejad, en tant que président du Conseil culturel révolutionnaire suprême, avait ordonné la mise en application d'une décision du conseil d'interdire la musique occidentale.
  • « Il est nécessaire de bloquer la diffusion de musiques indécentes et occidentales de l'IRIB », (IRIB, la radio-télévision nationale qui dépend directement du Guide de la révolution, Ali Khamenei) selon un communiqué paru sur le site Internet officiel du Conseil.

III Témoignages à propos de la censure en Iran : musique de fête, mise en musique du Coran, musique métal, rock et rap, musique « trop dansante »

1.Celui de Mehrdad Mohamadi lui-même battu et fouetté à plusieurs occasions pour avoir joué dans des fêtes. En 1992, il s'enfuit pour le Danemark où il s'installe. Voici son témoignage en 1998 paru ici  :

"J'ai eu des expériences désagréables que je m'efforce d'oublier. La plupart du temps, cela se passait comme ceci: Nous jouons avec un petit orchestre de 3 ou 4 musiciens, les gens s'amusent et dansent. Un voisin jaloux ou un parent qui n'a pas été invité à la fête appelle la police. Ils sont très brutaux, comme s'il s'agissait d'une perquisition où on cherche des drogues. La maison est encerclée. Tout d'abord, nous sommes battus. Nos instruments sont brisés et brûlés, et on nous jette dans une voiture pour nous emmener à une station de police. Pas une station ordinaire, mais un endroit inconnu. On nous oblige à signer un papier disant que nous ne recommencerons plus et, après quelques jours, nous sommes peut-être relâchés."

Selon la même source « Mehrdad Mohamadi a ainsi signé, puis été arrêté de nouveau en train de jouer de la musique. Ce qui lui a valu d'être flagellé sur une place immense, où les gens assistent aux punitions infligées en public. Malgré la flagellation, Mehrdad ne put s'empêcher de jouer sa musique. »

"Je continuais à jouer et m'inscris à l'Université pour étudier la philosophie. Je pus poursuivre mes études pendant trois mois avant de recevoir une lettre de renvoi. Comme j'insistai pour avoir une explication, j'appris qu'un de mes amis avait raconté que je jouais de la musique. Après cette épisode, je devins militaire. Dans l'armée aussi, je suis arrivé à monter un groupe avec lequel on répétait dans le cadre restreint qui nous était alloué. Quelqu'un jouait du violon, moi du santur, un troisième des percussions, et puis nous avions aussi deux officiers qui jouaient de la trompette et de la clarinette respectivement. Nous étions autorisés à faire de la musique parce que, tous les ans, la révolution est célébrée pendant dix jours. Et quand on célèbre la révolution, la musique est autorisée. Pendant ces dix jours, nous jouions du jazz et de tout - on ne pouvait pas s'en empêcher."

2.Le 15 juillet 2009 « Le chanteur Mohsen Namjoo, figure de la chanson contestataire iranienne, a été condamné à cinq ans de prison pour avoir mis en musique des versets du coran. » Il s'était exilé en 2007 aux Etats-Unis. Selon Mondomix

  • "Souvent comparé à Bob Dylan, Mohsen Namjoo, chanteur iranien d'origine Kurde et joueur de setar, luth traditionnel, paye le prix du contrôle des religieux sur la production culturelle iranienne, et ne déroge pas à la loi de la charia en vigueur dans le pays depuis la chute du Shah.
  • Pour avoir "manqué de respect" envers le coran, autrement dit pour avoir osé mettre en musique certains versets, il a été traduit en justice après la plainte d'un professeur en études coraniques, qui l'accuse d'avoir produit une "version insultante et méprisante des versets coraniques, avec des instruments de musique", comme le rapporte Press TV, média iranien qui a rendu l'affaire publique.
  • En 2008, lorsque les premières accusations ont été formulées, Mosheen Namjoo avait écrit une lettre d'excuse à sa famille et aux autorités religieuses, expliquant que la chanson en question avait été mise en ligne sans son accord alors qu'il désirait ne pas la rendre publique.

Absent lors du procès, Mohsen Namjoo ne s'est pas exprimé sur sa condamnation, et le site officiel qui lui est consacré a été désactivé.

3.L'interdiction de la musique métal et rock . (tiré de l'article visible ici

  • « Nous ne donnons plus de concerts. Ils nous l'interdisent. Il est également très difficile de répéter car il faut un lieu pour le faire sans se faire repérer… », Milad Tangshir, guitariste du groupe de métal Ahoora.
  • « Avant, il y avait beaucoup de groupes de rock et de métal à Téhéran. Aujourd'hui, ils disparaissent les uns après les autres à cause des innombrables problèmes qu'ils rencontrent».

4.L'interdiction du rap en 2007. D'après l'article visible ici, on apprend que :

  • Le responsable de l'évaluation musicale au ministère de la Culture et de la Guidance Islamique du gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad, Mohammad Dashtgoli avait en effet déclaré qu' "à cause des propos obscènes tenus par les rappeurs, ce style de musique est maintenant illégal...En collaboration avec la police, les studios illégaux produisant ce genre de musique seront fermés, et les rappeurs devront répondre de leurs actes.'' Déjà il déplorait que les rappeurs diffusent leur musique sur Internet.

5.Saied Shanbehzadeh. "Avec son ensemble, il joue les musiques du sud de l'Iran, région du Golfe persique, où Arabes, Juifs, Indiens et Africains ont su mêler leurs cultures. Aujourd'hui, sa musique trop dansante pour le gouvernement n'est officiellement plus autorisée." (article visible ici )

Une note optimiste pour conclure ?

Internet semble être la seule possibilité de diffusion et de communication efficace

  • «Grâce à Internet et au bouche à oreille, on s'est créé notre propre réseau de contacts», dit Sohrab du groupe 127, un des plus célèbres d'Iran. «  Le mois dernier, plus de 20 000 visiteurs ont afflué sur le site de 127, où les derniers tubes sont téléchargeables gratuitement. Les billets de leur prochain concert, programmé dans une salle privée de la capitale iranienne, sont partis comme des petits pains. » apprend-on ici
  • Hich-Kas : "Internet est capital en Iran. Depuis deux ans ma musique est essentiellement distribuée via Internet ; quand ça plait aux gens ils la font circuler.. Vraiment, internet joue un grand rôle en Iran." (article visible ici

La communauté iranienne expatriée représente aussi un vivier important pour la création musicale. Un souci partagé par les musiciens traditionnels est de pouvoir faire évoluer la tradition en la nourrissant des influences étrangères. En atteste l'exemple de « nombreux groupes de rap en Europe : Reveal à Londres, DAAD à Berlin. La chanteuse Sussan Deyhim ou encore le groupe Niyaz, mélangeant poèmes soufis, électronique et traditions, sont eux basés aux Etats-Unis qui accueillent près d'un million d'Iraniens » (article de rue89).Toutes choses interdites en Iran.

Encore une fois, on ne peut que constater la permanence des discours sur la musique : les références à Pythagore et aux références majeures de la musique classique occidentale, Bach Beethoven et Mozart, chez Khatami, c'est à dire le côté apollinien ou Prométhéen de la musique et de l'autre le côté sensuel, « corruptible » symbolisé chez les anciens grecs par Dinoysos, déjà condamné par Platon et réprimé par Amhadinejab ! La forme musicale que représente le rock, le métal ou le rap en Iran sont des moyens d'expression et de lutte contre une forme d'oppression. Et il est essentiel qu'ils puissent se développer. Mais on perçoit, par les différents articles cités plus haut, que l'absence de censure éradiquerait progressivement les formes plus savantes ou plus traditionnelles de la musique enseignée et pratiquée en Iran. Et cela porterait sans doute atteinte à la richesse du patrimoine musical, et à une certaine identité. Car il est toujours question, lorsque la liberté de choix existe qu'elle puisse s'appuyer sur une la plus grande culture, c'est à dire de plus grande capacité critique, et in fine, à la plus grande liberté de jugement. On retombe sur le même problème que rencontre l'occident avec la valeur des oeuvres créées pour le marché et celles qui sont « classiques » c'est à dire estimées dignes d'être enseignées dans les classes : il faut à l'enseignement les moyens de développer la capacité de jugement esthétique de chacun afin de préserver le patrimoine et la diversité culturels, gage de liberté. Sinon le choix se fait en amont : censure, ou hégémonie de l'offre du marché, c'est à dire la loi du plus grand nombre.

dimanche 6 décembre 2009

« Trop de Musique » à la télé en Iran ?

Selon l'AFP, le chef de la télévision d'Etat iranienne Ezatollah Zarghami a déclaré :

  • "Il semble qu'il y ait trop de musique dans toutes les émissions de télévision", a-t-il expliqué en évoquant le cas "d'émissions de discussions" ponctuées d'une "musique anormale".Tout en se défendant de vouloir imiter l'occident, il a pris en exemple la musique "excellente et calme" de certains films occidentaux, et estimé que "l'amélioration de la musique et la réduction de sa place" devaient être une priorité de la télévision iranienne.

Selon l'agence : « M. Zarghami a été reconduit en novembre pour un deuxième mandat de cinq ans à la tête de la télévision d'Etat par le Guide de la république islamique, l'ayatollah Ali Khamenei, qui lui a demandé expressément de veiller au respect de la religion et de la "moralité". M. Zarghami est un ancien responsable du corps des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique du régime islamique. La télévision d'Etat iranienne, qui a le monopole de diffusion en Iran, compte 8 chaînes télévisées et 15 stations de radio.

C'est dommage que l'on ne sache pas ce que recouvre le terme « amélioration » et ce qu'il entend par « certains films occidentaux ». Affaire à suivre donc...

dimanche 22 novembre 2009

La transmission de la culture comme préjudice à la culture.

Au fait je ne vous ai pas dit à propos de l'exception pédagogique : Suite à mes réclamations auprès de quelques députés , certains ont posé en janvier une question écrite à Mme Albanel. La réponse vient de tomber le 27 octobre au B.O En gros l'exception pédagogique est en panne faute de capacité à déterminer le montant de la rémunération forfaitaire. On ne sait pas bien non plus quel est son périmètre, alors on temporise : un accord pour les oeuvres imprimées et puis c'est tout. Le plus drôle c'est l'argument pour expliquer pourquoi il n'y a rien d'autre :

"La négociation de cette rémunération se heurte à un certain nombre de difficultés tenant, notamment, à l'absence d'études destinées à mesurer les usages pédagogiques des oeuvres et le préjudice financier qui en découle pour les ayants droit."

Là, hilarité collective. "un certain nombre de difficultés" Cela fait au moins trois ans maintenant qu'ils avaient le temps d'y réfléchir. Mais il y a eu un antécédent. Les accords sectoriels qui ont précédé étaient en négociation depuis 2003 et devaient être finalisés pour la fin de cette année là. Fi ! ils ont été signés en 2006 ! Ensuite "Mesurer les usages pédagogiques des oeuvres! " Ils ont commencé avec la reprographie, en incitant à remplir des bordereaux. Bientôt chers collègues vous remplirez des bordereaux pour TOUTES les oeuvres que vous utiliserez. Une vraie sinécure. Et cerise sur le gâteau "le préjudice financier qui en découle pour les ayants droit". La transmission de la culture comme préjudice à la culture, c'est-y pas fort ça ? Plus tu transmets, plus tu fais crever la création. Tout ça parce qu'il y eut en 1847 trois chansonniers qui ne voulaient pas régler leur conso dans un caf-conc en arguant que le proprio ne leur rétribuait pas leurs oeuvres qu'ils étaient venus écouter. Depuis c'est essentiellement en fonction de préjudices commerciaux avérés ou hypothétiques que le droit d'auteur avance et que l'école se récupère en "héritage" un cadre juridique piteux sans avoir fait valoir quoique ce fut. Mission de service public répondant à l'intérêt général ? pas pris en compte. Caractère non lucratif ? non plus. Nature du public ? itou. Sont bornés ces profs : puisqu'on vous dit et répète que si l'on restreint les recettes des ayants droit c'est autant de moins qui finance la CRE-A-TION. Et quelle création ! Essentiellement la variété et les blockbusters, les produits "vache-à-lait" comme on dit chez les pros du marketing. Tout ce qu'on enseigne quoi.

mardi 17 novembre 2009

Koweït : un député salafiste s'en prend à l'enseignement de la musique

Une dépêche de l'AFP nous informe le 8 novembre que le gouvernement kowetien a décidé de faire de la musique une matière obligatoire et notée dans les programmes scolaires. Auparavant ces cours n'étaient pas évalués. Cela a déclenché la réaction d'un député salafiste M. Hayef qui a déclaré : "Nous n'allons pas permettre que nos écoles deviennent des centres de formation de danseurs" puis "Le ministère est appelé à revenir à l'ancien système. Autrement, nous soumettrons un projet de loi pour bannir la musique à l'école". On ne voit pas très bien le lien entre musique et danse dans le propos du député, mais passons...Qui plus est il menace de soumettre le premier ministre à un interrogatoire.

Des députés libéraux et indépendant s'opposent à Hayef. Ils considèrent que ses propos sont une menace pour la démocratie dans l'émirat. Mais, nous rappelle l'AFP : «  au cours des dernières années, le gouvernement koweïtien a durci la réglementation sur les concerts de musique, sous la pression des députés islamistes et conservateurs, influents au Parlement. Ainsi, selon les nouvelles règles, les hommes et les femmes doivent être assis séparément lors des concerts et l'audience ne peut absolument pas danser. ». Ce doit être d'un palpitant ...

En tout état de cause, cela risque d'envenimer les relations déjà tendues entre l'exécutif et le parlement . Elle les mettrait même « en danger » selon la députée libérale Maassouma al-Moubarak. Ce n'est pas une affaire nouvelle puisque selon l'AFP du 15 novembre : « Le Parlement a été dissous trois fois depuis mai 2006 et trois législatives ont eu lieu depuis, sans que cela ne débouche sur une amélioration des liens entre les élus et le gouvernement. »

On apprend ainsi qu'un autre député M. Al-Muslim a officiellement demandé l'audition du premier ministre pour des histoires de sous : le député dans sa demande accuse le bureau du Premier ministre d'avoir « détourné des dizaines de millions de dollars de fonds publics au cours de la campagne qui a précédé les élections législatives de mai 2008. » La demande de ce député sera inscrite à l'ordre du jour d'une séance parlementaire le 8 décembre. L'effet immédiat est que la Bourse de Koweït a plongé dimanche « à son niveau le plus bas en sept mois ».

A ce petit jeu on de donne pas cher de l'obligation de noter les élèves en musique...

samedi 14 novembre 2009

Réponse à la question écrite de M. mathus à propos de la mise en oeuvre de l'exception pédagogique

Le 27 octobre a été publiée la réponse à la question écrite de ce député que j'avais, parmi d'autres, sollicité. Celle de Mme Fraysse, portant sur la même problématique, n'a pas eu encore les faveurs de la rue de Valois. Passons.

Voici le texte de la réponse : La loi du 1er août 2006 relative au droit d'auteur et aux droits voisins dans la société de l'information a introduit en droit français une exception nouvelle au droit d'auteur et aux droits voisins au profit des activités d'enseignement et de recherche. Cette exception s'applique à la reproduction et à la représentation d'extraits d'oeuvres à des fins exclusives d'illustration dans le cadre de l'enseignement et de la recherche, à destination d'un public majoritairement composé d'élèves, d'étudiants, d'enseignants ou de chercheurs directement concernés. L'entrée en vigueur de cette exception a été différée dans le temps au 1er janvier 2009 pour préserver l'application des accords sectoriels conclus en février 2006 entre les ayants droit et le ministère en charge de l'éducation nationale afin de permettre l'usage des oeuvres à des fins pédagogiques. La loi du 1er août 2006 prévoit que l'entrée en vigueur de l'exception pédagogique est subordonnée au versement d'une « rémunération négociée sur une base forfaitaire », destinée à compenser la perte financière subie par les ayants droit. Cette rémunération forfaitaire est distincte de celle qui est versée au titre du droit de reproduction par reprographie. La négociation de cette rémunération se heurte à un certain nombre de difficultés tenant, notamment, à l'absence d'études destinées à mesurer les usages pédagogiques des oeuvres et le préjudice financier qui en découle pour les ayants droit. Le ministère de l'éducation nationale, le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche et la conférence des présidents d'universités ont donc conclu avec les titulaires des droits d'auteur, le 18 juin 2009, un protocole d'accord transitoire sur l'utilisation des livres, de la musique imprimée, des publications périodiques et des oeuvres des arts visuels à des fins d'illustration des activités d'enseignement et de recherche. Des accords de même nature portant sur l'utilisation des oeuvres cinématographiques et audiovisuelles et sur l'utilisation des oeuvres musicales sont en cours de négociation entre le ministère en charge de l'éducation et les représentants des ayants droit concernés. Le caractère transitoire de l'accord du 18 juin 2009, dont les effets sont limités à l'année 2009, se justifie par la poursuite des discussions avec les représentants des auteurs quant aux conditions de mise en oeuvre de l'exception pédagogique s'agissant des oeuvres de l'écrit. Ces discussions portent notamment sur le champ de l'exception elle-même et le périmètre des exceptions à l'exception que sont, en particulier, les oeuvres conçues à des fins pédagogiques et les oeuvres réalisées pour une édition numérique de l'écrit. Les parties poursuivent également leurs discussions afin de définir les modalités de la mise en oeuvre éventuelle d'une gestion collective obligatoire à compter du 1er janvier 2010.

lundi 14 septembre 2009

L'Accompagnatrice. Nina Berberova

Puis elle chanta, elle chanta... Je sais, il y a des gens qui n'admettent pas le chant : une personne prend la pose, ouvre la bouche toute grande (d'une façon naturelle – et alors c'est laid, ou d'une façon étudiée – et alors c'est grotesque) et, tout en s'efforçant de conserver sur le visage une expression d'aisance, d'inspiration et de pudeur, crie (ou rugit) longuement des paroles dont l'agencement n'est pas toujours réussi et qui sont, parfois, accélérées sans aucune raison, ou bien découpées en morceaux, comme pour une charade, ou encore répétées plusieurs fois de façon inepte. Mais lorsque, après une aspiration (nullement affectée, mais aussi simple que lorsque nous aspirons l'air des montagnes à la fenêtre d'un wagon), elle entrouvrit ses lèvres fortes et belles, et qu'un son fort et puissant, plein jusqu'aux bords, retentit soudain au-dessus de moi, je compris tout à coup que c'était justement cette chose immortelle et indiscutable qui serre le coeur et fait que le rêve d'avoir des ailes devient réalité pour l'être humain débarrassé soudain de toute sa pesanteur.

Nina Berberova. L'Accompagnatrice. Actes Sud 1985 p 30

lundi 31 août 2009

Prolongement du protocole d'accord sur l'utilisation des livres, de la musique imprimée, des publications périodiques et des oeuvres d'arts. Rien encore pour les autres !

Pour signer en Juin avec effet retro-actif en Janvier,   pour  donner 1,7 M d'euros pour le CFC et l'AVA, et pour ne concerner que ce qui est sur papier il leur a fallu donc six mois. Rien  sur l'audio  ni la vidéo. Il faudra sans doute 6 mois ou un an encore. Il s'agit ici uniquement de la reproduction en vue d'une diffusion (ou représentation ) des oeuvres. Et toujours aucune vision sur l'utilité de bases de données d'oeuvres  ou d'extraits d'oeuvres, les accords ne les couvrant pas. On trouvera sur le site d'educnet un résumé du protocole et le document entier en pdf visé par la CPU.

Quelques commentaires :

dans le péambule préambule on lit :

  • 7 – Les ministères, la CPU, le CFC, l'AVA et la SEAM conviennent de l'intérêt pédagogique que revêt une utilisation raisonnée des oeuvres protégées pour l'illustration des activités d'enseignement et de recherche, conforme aux finalités qui ont justifié l'introduction dans le code de la propriété intellectuelle de « l'exception pédagogique », et, dans le même temps, réaffirment leur attachement au respect des droits de propriété littéraire et artistique.

On imagine ce que serait une utilisation non raisonnée des oeuvres protégées pour l'illustration d'un cours... Et plus loin :

  • Le ministère et la CPU partagent le souci des ayants droit de mener des actions coordonnées pour sensibiliser les enseignants, les enseignants-chercheurs, les chercheurs, les élèves et les étudiants sur l'importance de ces droits et sur les risques que la contrefaçon fait courir à la vitalité et la diversité de la création littéraire et artistique.

C'est pourquoi on trouve dans l'article 5, ceci :

  • Les ministères, la CPU et le CFC, l'AVA et la SEAM conviennent de concevoir et de mener conjointement toutes actions qu'ils estimeront nécessaires à la promotion des règles du droit d'auteur auprès des écoles et établissements d'enseignement ainsi qu'à la prise en compte des missions d'enseignement et de recherche des écoles et établissements d'enseignement, auprès des mandants du CFC.

et ce souci ira-t-il jusqu'à proposer des cours spécifiques sur le droit de la propriété intellectuelle dans le cadre de la formation des enseignants aussi bien en formation initiale qu'en formation continue ? Dans ce cas il est impossible de faire l'impasse sur la question des licences Creative Commons par exemple, d'ignorer les logiciels libres et surtout de présenter honnêtement la question économique du teléchargement illégal.

  • 10 – Eu égard à la difficulté actuelle de définir les périmètres respectifs de ce qui relève du droit exclusif des auteurs d'une part, de l'exception pédagogique d'autre part, et de la nécessité pour les écoles et établissements, soit de détenir des autorisations dans le premier cas, soit de prévoir une rémunération « négociée » dans le second cas, les parties ont souhaité établir le dispositif contractuel défini par le présent protocole d'accord auquel elles confèrent un caractère transitoire

Et on ne sait rien de ce qui permettra de rendre les périmètres respectifs plus claires en 2010 puisqu'il n'y a toujours pas de décret d'application pour cette arlésienne d'exception pédagogique.

Le reste est une description des limites imposées à l'usage des extraits d'oeuvres dont les droits sont gérés par le CFC le SEAM et l'AVA . Rien de nouveau par rapport aux précédents accords. Répétons qu'il s'agit ici uniquement de la reproduction en vue d'une diffusion (ou représentation ) des oeuvres .

  • 20 % d'une oeuvre musicale (paroles et/ou musique) par travail pédagogique ou de recherche, par classe et par an, dans la limite maximale de 3 pages consécutives d'une même oeuvre musicale ; 5 % pour les ouvrages de formation ou d'éducation musicales et les méthodes instrumentales, dans la limite maximale de 2 pages consécutives d'une même oeuvre
  • 10 % de la pagination des périodiques imprimées : de toute partie d'une publication périodique qui excède la courte citation.
  • pour ce qui concerne les oeuvres des arts visuels (arts graphiques, plastiques, photographiques, architecturaux, etc...), la notion d'extrait est inopérante. Les utilisations prévues par l'accord portent donc sur les oeuvres des arts visuels considérés dans leur forme intégrale ;
  • 5 pages d'un livre, sans coupure, avec reproduction en intégralité des oeuvres des arts visuels qui y figurent, dans la limite maximum de 20 % de la pagination de l'ouvrage, par travail pédagogique ou de recherche. 4 pages consécutives et 5 % de la pagination pour un manuel scolaire, par classe et par an ;

Le protocole renvoie aux accords des établissements avec le CFC pour ce qui est de la reproduction en vue d'un distribution aux élèves. Dans ce cas les limites sont toujours ; 10 % d'un livre ou d'une partition et 30% d'un périodique

Conditions particulières aux utilisations numériques des oeuvres visées par le protocole

  • pas de référencement par des moteurs de recherches des extraits d'oeuvres protégées contenus dans les travaux pédagogiques et de recherche . « Les établissements prennent les mesures techniques requises pour que les métadonnées descriptives de ces extraits ne puissent être indexées par les moteurs de recherche. »
  • limitation à 20 oeuvres par travail pédagogique ou de recherche mis en ligne. Définition limitée à 400 x 400 pixels, résolution de 72 DPI.
  • Autorisation de mise en ligne de thèses sur le réseau internet : si aucune utilisation commerciale n'est faite, si aucune exctraction n'est possible, et si l'auteur n'est pas lié par un contrat d'édition préalablement à la mise en ligne.
  • Pas de mise en ligne des thèses incorporant des oeuvres musicales ou des extraits d'œuvres musicales.
  • Pas de constitution de bases de données d'oeuvres ou d'extraits d'oeuvres.
  • les établissements déclarent par formulaire les oeuvres mises en ligne et communiquent un identifiant et un code d'accès à l'intranet ou extranet afin de permettre l'identification des œuvres

vendredi 28 août 2009

L'Église orthodoxe bulgare condamne le prochain concert de Madonna à Sofia

Voici un petit commentaire sur le message du St. Synode de l'Eglise orthodoxe - Patriarcat bulgare à propos du concert de Madonna à Sofia.

S'adressant aux chrétiens orthodoxes sur son site web, l'autorité spirituelle bulgare « Ayant examiné et analysé les informations publiées reflétant les opinions positives et négatives sur le travail de la chanteuse Esther Lewis Ciccone et la conduite de son concert à Sofia » ,exprime "son désaccord avec de tels événements artistiques musicaux qui, dans de nombreux cas, profanent les symboles et les fêtes chrétiennes". Les motifs invoqués sont les suivants :

le concert se tient le jour de la St Jean Baptiste, figure emblématique du christianisme "Louise Esther Ciccone, dans pratiquement tous ses concerts en pays chrétien, adopte une attitude irrespectueuse et intolérante envers les sentiments religieux" (traduction provenant de l'AFP) certaines chorégraphies sont contraires à la foi orthodoxe et à la morale chrétienne

Le Synode encourage plutôt l'art du chant, qui (traduction Google...) « influence de manière constructive le développement moral de la jeune génération » et conseille aux croyants la lecture de la lettre de St Paul Aux Romains (6 -11-13) : « Considérez que vous êtes morts au péché mais vivants pour Dieu en Christ Jésus. Que le péché ne règne donc plus dans votre corps mortel, pour que vous écoutiez ses convoitises. N'offrez plus vos membres comme armes d'injustices au service du péché. Offrez-vous vous-mêmes à Dieu, comme des vivants revenus de la mort, offrez vos membres comme armes de la justice de Dieu. Le péché n'exercera plus son pouvoir souverain sur vous. Vous n'êtes pas sous l'emprise de la loi mais de la grâce. »

Cet argumentaire est conforme à la position de l'Eglise Chrétienne à propos de la musique et de la danse. Les critiques de l'Eglise à l'endroit de la danse s'appuient en particulier sur la figure de Salomé : sa danse, implorée par Hérode permit la décollation de Saint Jean-Baptiste, satisfaisant ainsi le souhait d'Hérodiade, la mère de Salomé. Sa valorisation du chant est, elle aussi dans la lignée de celle des Pères de l'Eglise. Ce double aspect de la musique (le côté élévation morale par le chant, et le côté avilissant de la musique à danser) vient en droite ligne de d'un certain héritage grec, celui de Platon en l'occurrence, qui privilégie pour l'éducation du citoyen le côté apollinien de la musique et rejette son côté dionysiaque.

On ne sait pas trop quels éléments d'analyse positive le Synode a consulté à propos du travail de la chanteuse pop. L'article de John Shepherd «Musique pop et sexualité » nous en donne au moins un qui n'est pas négligeable d'un point de vue sociologique : «  la sexualité dans la musique pop peut à la fois constituer une force positive et une force négative. Plusieurs femmes, dont Madonna, ont apporté la preuve que la sexualité, dans la musique pop, peut proposer des comportements alternatifs, et du même coup contrer le sexisme et la mysoginie ». ( « Musiques du XXième siècle I » sous la direction de J.J Nattiez. Actes Sud/ Cité de la Musique, 2009 p 896).

jeudi 16 juillet 2009

Les accords sectoriels reconduits pour un an

C'est ce qu'on apprend à la lecture du Rapport de la Commission Économie numérique présidée par Alain Bravo et présentée à Mme Kosciusko-Morizet en mai 2009. Il y est dit (p 46) la nécessité d' « Élargir, et rendre opérationnelle, l’exception aux droits d’auteur pour les documents multimédias utilisés à des fins pédagogiques. En allant, à l’exemple d’un certain nombre d’autres pays, au-delà des dispositions introduites en août 2006 par la loi relative au « Droit d’auteur et droits voisins dans la société de l’Information ». Et en note de bas de page : L’exception a un champ d’application limité, puisqu’elle ne porte que sur des utilisations à des fins exclusivement d’illustration mais surtout, en l’état, la loi prévoit que chaque enseignant analyse lui-même le traitement au cas par cas du paiement des droits d’auteur. En 2006, le ministère de l’Éducation nationale, pour contourner cette difficulté, avait négocié, à titre transitoire et pour deux ans, une somme forfaitaire de 4 M€ avec les sociétés de droits d’auteur en attendant que soit trouvée une solution pérenne (cet accord vient d’être prolongé d’un an avec pour échéance le 1er janvier 2010). La situation est d’autant plus épineuse que la multiplication des plates-formes numériques universitaires facilite la diffusion des contenus, sans que l’on sache toujours les usages qui en sont faits.

Les deux députés qui ont posé la question de l'applicabilité de l'exception pédagogique au ministre de la culture, attendent toujours la réponse. Tout comme il faut s'armer de patience pour connaître le contenu des accords renouvelés.

Un défilé-ballet héroïque

Avec son ballet d'hélicos sur fond de « chevauchée des Walkyries » devant le président Allemand, avec l'air des Sauvages tiré des « Indes galantes » devant le premier ministre indien, on progresse dans l'art du pied-de-nez. Cette fois c'est du haut de gamme. Il y a du héros dans l'air. Ça change du bourgeois et de sa turquerie moliéresque du défilé de 2008. Et le ballet d'hélicos comme dans « Apocalypse now » c'est très entraînant et ça a de la gueule. Pensez, un colonel fou attaquant une plage d'un village vietnamien pour satisfaire ses envies de surf. Hojoto Ho ! Belle image pour l'armée française. Et Wagner associé à la barbarie, voilà une référence qui a du plaire au président Allemand. Une curiosité stylistique pour l'AFP ! Dommage. L'héroïsme des militaires ce jour là méritait un meilleur hommage. Le couplet des enfants de l'hymne national aurait pu suffire. Et que dire de l'air des Sauvages venu clore le défilé ? Un hommage à la nation invitée ? Raté, là on s'esclaffe, les indiens de Rameau sont ceux... des amériques. Qui plus est, la « danse du calumet de la paix » qui suit l'air, a pour but, entre autre, de réconcilier les Sauvages et les Européens. Les Sauvages apprécieront. Mais le pied-de-nez c'est jouissif pour qui ne respecte pas le protocole et qui préfère dans son ballet personnel, saluer la foule plutôt que les soldats.

dimanche 5 juillet 2009

Un disque d'or au rabais ?

Maintenant pour obtenir la distinction « Disque d'or » il suffira, en France, de vendre plus de 50 000 exemplaires d'un disque plutôt que 75 000. La barre était même de 100 0000 il y a trois ans. Le symbole marketing conçu pour marquer les esprits perd de sa superbe et entraîne bien sûr le disque de platine (de 300 000 à 200 000 il y a trois ans à 100 000 aujourd'hui) et le disque de diamant (1 000 000 puis 750 000 et enfin 500 000 aujourd'hui). Un petit tableau récapitulatif de ce que sont ces distinctions montrent que le Royaume-Uni et l'Allemagne, avec des populations en nombre semblable, n'ont pas les mêmes seuils : pour le moment un disque d'or français "vaut" deux fois moins qu'un disque d'or chez les amis les tommies ou les amis les teutons. Le seuil irlandais est 7 500...

Distinctions attribuées aux albums (en nombre d'unités vendues)

Disctinctions_industries_du_disque-03.JPG

(1) artistes chantant en français ou néerlandais
(2) artistes internationaux
(3) si l'album dépasse 100 mn, ses ventes comptent double
(4) Il existait en France avant juin 2006 un double disque d'or décerné à partir de 200 000 unités vendues.

Sources des données du tableau : wikipedia

mardi 30 juin 2009

Mort de Pina Bausch

En plagiant Brel, voici ce que m'a inspiré cette disparition, qui suit de près la fin du Printemps.

Adieu Pina je t'aimais bien
Adieu Pina je t'aimais bien tu sais
Tu as montré de nouveaux bords
Et tracé de nouveaux chemins
A ceux qui cherchaient d'autres ports
Adieu Pina, c'est triste à dire
C'est dur de mourir au printemps je sais
Mais tu pars aux fleurs la paix dans l'âme
Car vu que tu nous as bien éclairé
Je sais qu'on prendra soin de ta flamme
« Je veux qu'on rie
Je veux qu'on danse
Je veux qu'on s'amuse comme des fous
Je veux qu'on rie
Je veux qu'on danse »
Pina ne sera jamais dans le trou.

Et comme Pina était une sacrée chorégraphe : Extrait de son "Sacre du Printemps"

vendredi 26 juin 2009

Musique trop forte pour 54% des lycéens

C'est le résultat d'une enquête de Bruitparif effectuée en 2009

Lire le rapport ici

On y apprend que :

  • 54 % des lycéens écoutent leur baladeur à des niveaux supérieurs à 85 dB(A).
  • Ils sont 7 % à écouter à plus de 100 dB(A), ce qui correspond au bruit émis par un marteau piqueur
  • un élève sur deux, et près d’un adulte sur 3 de la communauté scolaire sont exposés au cours de leur journée au lycée à des niveaux de bruit

dépassant 80 dB(A) en moyenne cumulée.

  • 1 lycéen sur 10 présente un déficit auditif, ce qui serait le double d’il y a dix ans.
  • Le comité scientifique des risques émergents et nouveaux de la commission européenne a rendu un avis public en octobre 2008 qui estime qu’entre 5 et 10 % des utilisateurs de baladeur risquent des pertes auditives irréversibles.

C'est beau le progrès...

jeudi 25 juin 2009

Des flûtes révèlent l'existence d'une tradition musicale vieille de 35 000 ans

Selon l'AFP 24 juin 2009 :

Des flûtes en ivoire vieilles de plus de 35 000 ans mises à jour dans le sud-ouest de l'Allemagne sont les plus vieux instruments de musique connus et révèlent l'existence d'une tradition musicale au Paléolithique supérieur, selon une étude parue mercredi dans Nature.

Douze morceaux d'une flûte en os, de 21,8 cm de long et de 8 mm environ de diamètre, ont été retrouvés en septembre 2008 dans la grotte de Hohle Fels de la vallée de l'Ach, à la base de dépôts datant de l'Aurignacien (de 37 000 à 29 000 ans). L'instrument est taillé dans un radius de vautour fauve (Gyps fulvus), un animal d'une envergure comprise entre 230 et 265 cm «dont les os conviennent parfaitement pour de grandes flûtes», relèvent Nicholas Conard et Susanne M-nzel de l'université de T-bingen, ainsi que Maria Malina, de l'Académie des sciences de Heidelberg.

«Les surfaces et la structure de la flûte sont en excellente état et révèlent de nombreux détails sur sa fabrication», ont-ils constaté.

L'instrument comptait cinq trous et quatre traits fins qui étaient «probablement des marqueurs pour indiquer les endroits précis où les trous devaient être percés» à l'aide de pierres grossièrement taillées, précisent les auteurs.

La flûte compte également deux profondes entailles en V à l'une de ses extrémités. Les archéologues, qui n'ont pas encore fabriqué de réplique de l'instrument, pensent que ces entailles faisaient office de bec.

Les fouilles à Hohle Fels ont également livré 2 petits fragments de flûtes en ivoire de dimensions inégales appartenant à deux instruments distincts. Un autre fragment de flûte en ivoire a été retrouvé dans la vallée de Lone, à plusieurs dizaines de kilomètres de Hohle Fels.

«La technique de confection d'une flûte à partir d'ivoire est autrement plus complexe que celle à partir d'un os d'oiseau», souligne dans un communiqué l'Université de T-bingen, qui précise que «compte tenu de la fragilité de l'ivoire, il est fréquent de retrouver des pièces isolées de tels objets».

La datation au carbone 14 de la couche géologique dans laquelle ont été retrouvés ces instruments de musique donne un âge compris entre 40 000 et 31 000 ans, mais d'autres méthodes, comme la thermoluminescence, ont permis de préciser que ces objets étaient vieux d'environ 36 000 ans.

C'est également sur le site de Hohle Fels que l'équipe de Nicholas Conard a découvert, également en septembre 2008, une statuette datée d'environ 35 000 ans, la plus vieille représentation connue du corps féminin, qui a déjà fait l'objet d'une publication dans Nature le mois dernier.

La localisation de la flûte en os à seulement 70 cm de la figurine féminine du même âge «pourrait suggérer l'existence d'un possible lien contextuel entre ces deux vestiges», selon le communiqué de l'université.

Les découvertes des instruments de musique «démontrent qu'une tradition musicale existait dans le répertoire culturel de l'Aurignacien», affirment les archéologues.

Ils ajoutent qu'«en dehors de ceux trouvés dans le Jura souabe, il n'y a pas de preuve convaincante de l'existence d'instruments de musique vieux de plus de 30 000 ans».

Des flûtes en os d'oiseaux datant du Paléolithique supérieur, et peut-être de l'Aurignacien, avaient été exhumées au début du 20ème siècle sur le site d'Izturitz dans les Pyrénées françaises, mais ces fouilles sont mal documentées et les objets ne peuvent donc pas être datés avec précision.

jeudi 28 mai 2009

Snowball, le perroquet qui danse le rock

C'est ce que montre cette video sur youtube

Il lève les pattes en rythme, pas toujours de la même façon, bouge la tête, se déplace pousse des cris et déploie sa crête pendant plus de 4 minutes !

Un article du figaro nous indique que « Les chercheurs ont fait écouter au perroquet de la musique dont ils ont accéleré et diminué le rythme jusqu'à 20 %. Ils ont constaté que Snowball était parfaitement capable d'adapter le rythme de sa danse au tempo de la musique. «Ces résultats montrent que la synchronisation des mouvements à la musique n'est pas l'apanage des humains mais que des animaux peuvent aussi le faire», explique Aniruddh Patel, l'un des auteurs de l'étude, qui estime que le cas de Snowball est loin d'être unique. »

L'article poursuit en citant les travaux de chercheur en sciences cognitives de l'université de Harvard qui soulignent le lien incontestable entre la coordination des mouvements en rythme sur une musique et le langage : «  Tous les animaux qui ont des capacités de langage ne peuvent pas danser en rythme mais seuls ceux qui ont cette faculté peuvent le faire. Le lieu dans le cerveau où se fait la relation entre l'audition et la motricité s'appelle les noyaux gris centraux. Il s'agit de relais de matière grise au centre du cerveau, sur les voies qui contrôlent les mouvements déjà démarrés. Ils permettent au mouvement de continuer pendant que l'on en démarre consciemment un autre. Ce sont également eux qui sont atteints dans la maladie de Parkinson. Or quand les oiseaux apprennent à parler, on observe des modifications de ces noyaux gris. Ce sont les mêmes types de modifications que l'on observe chez les humains lorsqu'ils écoutent de la musique. »

A lire l'ouvrage, d'Oliver Sacks « Musicophilia » pour approfondir la question.

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