Le 23 décembre sort un film sur l'oppression que subit certaines formes de
la musique en Iran. Le réalisateur Bahman Ghobadi y parle de la vie musicale
underground de Téhéran.
Synopsis : A leur sortie de prison, une jeune femme et un jeune homme
musiciens décident de monter un groupe. Ils parcourent Téhéran à la rencontre
d'autres musiciens underground et tentent de les convaincre de quitter l'Iran.
N'ayant aucune chance de se produire à Téhéran, il rêvent de sortir de la
clandestinité et de jouer en Europe. Mais que faire sans argent et sans
passeport ..
Dans une interview Bahman
Ghobadi parle de ce qu'il a vécu, extraits :
A propos du film :
- J’ai fait un film dans lequel les musiciens jouent leur propre rôle
- La musique underground en Iran, ce n’est pas comme en France. Là- bas, le
gouvernement essaie d’étouffer tout. Ici, les gens ont une liberté
incomparable.
- Les personnages principaux sont sortis de l’Iran quatre heures après le
dernier plan. L’un d’entre eux, celui qui a fait la musique du film (Mahdyar
Aghajani) , a demandé l’asile à la France et il a peur de devoir rentrer en
Iran où il serait arrêté et torturé.
A propos de la musique en Iran :
- La musique est interdite, essentiellement. Même pour la musique
traditionnelle, une femme seule ne peut chanter, il faut qu’il y ait trois,
quatre voix en même temps.
- A la télévision publique iranienne, on ne peut pas montrer un instrument de
musique, on dit qu’ils sont illicites.
- Si vous voulez jouer de la musique, il faut une autorisation. Vous devez
présenter vos enregistrements au Ministère, qui va demander de modifier tel ou
tel morceau, voire tout refuser.
- A propos du rappeur iranien Hichkas : « On lui a saisi son
passeport pour qu’il ne puisse pas sortir du pays. »
- La plupart des musiciens underground sont très sereins, ils ne sont ni
drogués ni alcooliques, mais si vous voyez de rares personnes qui se réfugient
là- dedans, c’est à cause de la pression qu’on exerce sur eux. Le gouvernement
fait de fausses publicités sur ces gens là, en disant qu’ils sont anormaux, qui
vénèrent Satan. Ils essaient de montrer que les jeunes gens ne doivent pas
prendre exemple sur eux. Il y a même des émissions de télévision pour
cela.
Ce qui ne l'empêche pas de dire : « Avec ce film et cette
musique, je me sens plus proche de Dieu qu’avant. »
Avec toutes ces réflexions et remarques j'ai glané quelques infos sur le net
à propos de la censure de la musique en Iran. En voici la substantifique
moëlle.
I Les postulats de Khomeiny et leurs conséquences
Tout d'abord les interdits musicaux hérités de la révolution de 1979 et des
prises de position de l'Ayatollah Khomeiny, en particulier une célèbre
allocution. « Cette allocution s'adressait aux responsables de Radio-Dariâ
("Radio-Mer") qui diffusait principalement de la musique légère destinée aux
stations balnéaires. Elle vise donc un type de musique particulier qui a
effectivement été supprimé officiellement très tôt après la révolution. »
(in « L'oreille islamique. Dix années capitales de la vie musicale en Iran
1980-1990 » de Jean During, C.N.R.S., Paris. 1992)
Titre : La Radio-Télévision doit donner de la force à la jeunesse
- (...) Parmi les choses qui engourdissent le cerveau de notre jeunesse, il y
a la musique. (…) La musique est une chose qui, bien entendu, est plaisante
pour chacun de par ses sens naturels (bar hess-e tab'), cependant elle écarte
l'homme du sérieux et le transforme en une créature futile et vaine. (…)
- Le jeune qui passe son temps à la musique devient totalement inconscient
des problèmes de l'existence et des problèmes sérieux, comme cela se passe avec
l'accoutumance aux drogues. (...)
- La musique affecte la pensée de l'homme de telle sorte qu'il ne peut plus
penser que dans ce contexte dépravé (shahvat) et à toutes ces autres choses
liées à la musique. (…)
- Il ne faut pas que l'institution de la radio-télévision diffuse dix heures
par jour de la musique et que notre jeunesse forte en subisse un
affaiblissement.
- La musique n'est pas différente de l'opium. L'opium apporte une sorte de
fatigue et d'apathie, et la musique de même. (…)
- Dorénavant, il faut changer la télévision et la radio en un instrument
d'éducation et supprimer la musique (...)
- La musique est une trahison à la patrie, une trahison à notre jeunesse.
Supprimez totalement cette musique. (...)
(Journal Keyhân, 1 Mordâd 1358/1979).
De fait l'Etat islamique impose (ib J. During) :
- la prohibition ferme et la quasi-disparition de la musique légère ou
motrebi (chansons à la mode orientales ou occidentales, musique traditionnelle
urbaine de divertissement);
- la prohibition (pour le public masculin) de l'art vocal féminin en solo
(ainsi que de toute danse féminine), et de surcroît la prohibition des
enregistrements d'art vocal féminin;
- l'interdiction pour certains chanteurs et instrumentistes de se produire en
public, en raison de leur ancienne réputation jugée incompatible avec les
nouvelles valeurs morales et politiques.
Par conséquent on trouve en Iran - en 1992 selon cette étude - « trois
tendances en ce qui concerne l'attitude par rapport à la musique
(ib) :
- d'un côté, les libéraux qui souhaitent que toute forme de musique puisse
être librement pratiquée et écoutée;
- de l'autre les "puritains" qui, s'appuyant sur les traditions et le droit
canon, ne tolèrent que les musiques de caractère grave, dépouillé et retenu, ou
même proscrivent les instruments de musique à l'exception de ceux en faveur
desquels la jurisprudence a statué positivement.
- Entre les deux se situe une grande majorité d'artistes et d'amateurs qui,
tout compte fait, s'accommodent bien du mouvement révolutionnaire d'"épuration"
qui a conduit à l'éradication de la musique légère (motrebi) et des chansons à
la mode. En effet, dans le passé, ce genre éclipsait la musique d'art, la
concurrençait ou se substituait à elle au prix de quelques aménagements.
« La musique d'art a largement bénéficié de cette épuration, bien
qu'elle ait été contrainte de mettre en gage son plus brillant joyau qu'est le
chant féminin. ».
Dix ans après l'allocution de 1979 , une ouverture semble possible, tout
n'est alors qu'une question d'interprétation des propos de l'Imam :
Question : "Si on utilise les instruments de musique (lit. "les
instruments de débauche") d'une manière licite, telle que l'interprétation de
chants patriotiques (sorud), est-il permis de les acheter et les
vendre" ?
Imâm Khomeyni : - "L'achat et la vente des instruments liés à
l'intention d'un usage licite ne fait pas d'objection."
(...). Service politique du (journal) Keyhân, le 19-6-1368
(septembre1989)
De fait il subsiste différentes formes de musique autorisées, liées à des
contenus savants occidentaux ou non. Mais il est évident que toute la musique
« légère » d'influence occidentale est brutalement réprimée, comme
l'est celle qui va à l'encontre des principes érigés par les gardiens de la
Révolution.
II La courte embellie de « l'ère » Khatami avant l'arrivée
d'Ahmadinejab
« Après la victoire du président réformateur Khatami, en 1997, les
artistes réussirent à récupérer certaines libertés : le retour de la
musique pop, l'organisation de concerts, et, plus récemment, la vente
officielle des cassettes de certains chanteurs occidentaux triés sur le volet –
Pavarotti, Julio Ilesias, Cat Stevens. » (tiré de l'article daté du 26
décembre 2005 visible
ici Mais le printemps culturel ne dura pas longtemps. A l'arrivée
d'Ahmadinejad à la tête de la mairie de Téhéran, en 2003, la plupart des
concerts occidentalisés furent à nouveau proscrits. Aujourd'hui, des dizaines
d'autorisation sont bloquées au ministère de la Culture. «Nous sommes en train
de faire un bond en arrière», s'inquiète Farzam Rahimi, le leader du groupe
Meera. Dégoûté, son guitariste est récemment parti pour l'Allemagne. Son
pianiste a fait route vers le Canada. Dans un mois, Farzam quittera à son tour
l'Iran. » (ib)
Pourtant, en avril 2005 à l'UNESCO voici ce que disait le président Khatami
à propos de la culture et de la musique en particulier :
«Le dialogue des cultures et des civilisations » nécessite également
que l’on s’occupe davantage du manque d’intérêt et de goût chez les nouvelles
générations pour connaître les sources de la pensée, de la culture, de la
poésie et de l’esthétique. Or, que signifierait la vie sans le sourire de
Bouddha, sans l’amour de Jésus et la compassion de Moïse, sans l’eau et le feu
de Zarathoustra sans le mot et le sens coraniques? Que serait-elle sans
la musique céleste et cosmologique de Pythagore, sans l’idée
transcendantale platonicienne sans la logique, la politique, la physique et la
métaphysique aristotéliciennes, sans la vision unificatrice de Plotin, sans la
Sagesse divine d’Al- Farabi, d’Avicenne et d’Averroès, sans la théosophie
illuminative de Sohrawardi, sans la folie sacrée des grecs et leur raison
méticuleuse, sans l’océane agité de la poésie mystique persane, sans la finesse
joyeuse de la poésie amoureuse arabe, sans la blancheur des cerisiers en fleur
et des HaïKaï japonais, sans le regard et le coeur fascinés et fascinants
d’Ibn-Arabi et de Maître Eckhart sans la nuit angoissante des Romantiques, sans
le siècle des Lumières, sans Descartes, Spinoza, Kant, Hegel, Schopenhauer,
Pascal, Kierkegaard et Bergson, sans la musique éternelle de Bach,
Beethoven et Mozart.
Bref, et en un mot que resterait-il de la vie sans la peinture, la musique, la
sculpture, le théâtre et la poésie, sans tout ce que l’humanité nous a légué de
beau, d’idéal, de culture et de pensée ?
Tout bascule après les élections présidentielles de juin 2005 (extraits
tirés de l'article visible
ici :
- Le président radical Mahmoud Ahmadinejad a interdit aux stations de radio
et aux chaînes de télévision iraniennes de diffuser de la musique occidentale,
en remettant en vigueur un des décrets culturels les plus durs depuis les
premiers jours de la Révolution islamique en 1979. Associated Press, Téhéran -
De NASSER KARIMI.
- Des chansons, telles que « Careless Whisper » de George Michael,
« Rush » d'Eric Clapton et « Hotel California » des Eagles,
accompagnaient régulièrement les émissions iraniennes, tout comme des morceaux
du saxophoniste Kenny G.
- Le quotidien persan officiel IRAN a rapporté qu'Ahmadinejad, en tant que
président du Conseil culturel révolutionnaire suprême, avait ordonné la mise en
application d'une décision du conseil d'interdire la musique occidentale.
- « Il est nécessaire de bloquer la diffusion de musiques indécentes et
occidentales de l'IRIB », (IRIB, la radio-télévision nationale qui dépend
directement du Guide de la révolution, Ali Khamenei) selon un communiqué paru
sur le site Internet officiel du Conseil.
III Témoignages à propos de la censure en Iran : musique de
fête, mise en musique du Coran, musique métal, rock et rap, musique « trop
dansante »
1.Celui de Mehrdad Mohamadi lui-même battu et fouetté à plusieurs occasions
pour avoir joué dans des fêtes. En 1992, il s'enfuit pour le Danemark où il
s'installe. Voici son témoignage en 1998 paru ici :
"J'ai eu des expériences désagréables que je m'efforce d'oublier. La plupart
du temps, cela se passait comme ceci: Nous jouons avec un petit orchestre de 3
ou 4 musiciens, les gens s'amusent et dansent. Un voisin jaloux ou un parent
qui n'a pas été invité à la fête appelle la police. Ils sont très brutaux,
comme s'il s'agissait d'une perquisition où on cherche des drogues. La maison
est encerclée. Tout d'abord, nous sommes battus. Nos instruments sont brisés et
brûlés, et on nous jette dans une voiture pour nous emmener à une station de
police. Pas une station ordinaire, mais un endroit inconnu. On nous oblige à
signer un papier disant que nous ne recommencerons plus et, après quelques
jours, nous sommes peut-être relâchés."
Selon la même source « Mehrdad Mohamadi a ainsi signé, puis été arrêté
de nouveau en train de jouer de la musique. Ce qui lui a valu d'être flagellé
sur une place immense, où les gens assistent aux punitions infligées en public.
Malgré la flagellation, Mehrdad ne put s'empêcher de jouer sa
musique. »
"Je continuais à jouer et m'inscris à l'Université pour étudier la
philosophie. Je pus poursuivre mes études pendant trois mois avant de recevoir
une lettre de renvoi. Comme j'insistai pour avoir une explication, j'appris
qu'un de mes amis avait raconté que je jouais de la musique. Après cette
épisode, je devins militaire. Dans l'armée aussi, je suis arrivé à monter un
groupe avec lequel on répétait dans le cadre restreint qui nous était alloué.
Quelqu'un jouait du violon, moi du santur, un troisième des percussions, et
puis nous avions aussi deux officiers qui jouaient de la trompette et de la
clarinette respectivement. Nous étions autorisés à faire de la musique parce
que, tous les ans, la révolution est célébrée pendant dix jours. Et quand on
célèbre la révolution, la musique est autorisée. Pendant ces dix jours, nous
jouions du jazz et de tout - on ne pouvait pas s'en empêcher."
2.Le 15 juillet 2009 « Le chanteur Mohsen Namjoo, figure de la chanson
contestataire iranienne, a été condamné à cinq ans de prison pour avoir mis en
musique des versets du coran. » Il s'était exilé en 2007 aux Etats-Unis.
Selon Mondomix
- "Souvent comparé à Bob Dylan, Mohsen Namjoo, chanteur iranien d'origine
Kurde et joueur de setar, luth traditionnel, paye le prix du contrôle des
religieux sur la production culturelle iranienne, et ne déroge pas à la loi de
la charia en vigueur dans le pays depuis la chute du Shah.
- Pour avoir "manqué de respect" envers le coran, autrement dit pour avoir
osé mettre en musique certains versets, il a été traduit en justice après la
plainte d'un professeur en études coraniques, qui l'accuse d'avoir produit une
"version insultante et méprisante des versets coraniques, avec des instruments
de musique", comme le rapporte Press TV, média iranien qui a rendu l'affaire
publique.
- En 2008, lorsque les premières accusations ont été formulées, Mosheen
Namjoo avait écrit une lettre d'excuse à sa famille et aux autorités
religieuses, expliquant que la chanson en question avait été mise en ligne sans
son accord alors qu'il désirait ne pas la rendre publique.
Absent lors du procès, Mohsen Namjoo ne s'est pas exprimé sur sa
condamnation, et le site officiel qui lui est consacré a été désactivé.
3.L'interdiction de la musique métal et rock . (tiré de l'article visible
ici
- « Nous ne donnons plus de concerts. Ils nous l'interdisent. Il est
également très difficile de répéter car il faut un lieu pour le faire sans se
faire repérer… », Milad Tangshir, guitariste du groupe de métal Ahoora.
- « Avant, il y avait beaucoup de groupes de rock et de métal à Téhéran.
Aujourd'hui, ils disparaissent les uns après les autres à cause des
innombrables problèmes qu'ils rencontrent».
4.L'interdiction du rap en 2007. D'après l'article visible ici,
on apprend que :
- Le responsable de l'évaluation musicale au ministère de la Culture et de la
Guidance Islamique du gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad, Mohammad Dashtgoli
avait en effet déclaré qu' "à cause des propos obscènes tenus par les
rappeurs, ce style de musique est maintenant illégal...En collaboration avec la
police, les studios illégaux produisant ce genre de musique seront fermés, et
les rappeurs devront répondre de leurs actes.'' Déjà il déplorait que
les rappeurs diffusent leur musique sur Internet.
5.Saied Shanbehzadeh. "Avec son ensemble, il joue les musiques du sud de
l'Iran, région du Golfe persique, où Arabes, Juifs, Indiens et Africains ont su
mêler leurs cultures. Aujourd'hui, sa musique trop dansante pour le
gouvernement n'est officiellement plus autorisée." (article visible ici
)
Une note optimiste pour conclure ?
Internet semble être la seule possibilité de diffusion et de communication
efficace
- «Grâce à Internet et au bouche à oreille, on s'est créé notre propre réseau
de contacts», dit Sohrab du groupe 127, un des plus célèbres d'Iran. « Le
mois dernier, plus de 20 000 visiteurs ont afflué sur le site de 127, où les
derniers tubes sont téléchargeables gratuitement. Les billets de leur prochain
concert, programmé dans une salle privée de la capitale iranienne, sont partis
comme des petits pains. » apprend-on
ici
- Hich-Kas : "Internet est capital en Iran. Depuis deux ans ma musique
est essentiellement distribuée via Internet ; quand ça plait aux gens ils
la font circuler.. Vraiment, internet joue un grand rôle en Iran." (article
visible
ici
La communauté iranienne expatriée représente aussi un vivier important pour
la création musicale. Un souci partagé par les musiciens traditionnels est de
pouvoir faire évoluer la tradition en la nourrissant des influences étrangères.
En atteste l'exemple de « nombreux groupes de rap en Europe : Reveal
à Londres, DAAD à Berlin. La chanteuse Sussan Deyhim ou encore le groupe Niyaz,
mélangeant poèmes soufis, électronique et traditions, sont eux basés aux
Etats-Unis qui accueillent près d'un million d'Iraniens » (article de
rue89).Toutes
choses interdites en Iran.
Encore une fois, on ne peut que constater la permanence des discours sur la
musique : les références à Pythagore et aux références majeures de la
musique classique occidentale, Bach Beethoven et Mozart, chez Khatami, c'est à
dire le côté apollinien ou Prométhéen de la musique et de l'autre le côté
sensuel, « corruptible » symbolisé chez les anciens grecs par
Dinoysos, déjà condamné par Platon et réprimé par Amhadinejab ! La forme
musicale que représente le rock, le métal ou le rap en Iran sont des moyens
d'expression et de lutte contre une forme d'oppression. Et il est essentiel
qu'ils puissent se développer. Mais on perçoit, par les différents articles
cités plus haut, que l'absence de censure éradiquerait progressivement les
formes plus savantes ou plus traditionnelles de la musique enseignée et
pratiquée en Iran. Et cela porterait sans doute atteinte à la richesse du
patrimoine musical, et à une certaine identité. Car il est toujours question,
lorsque la liberté de choix existe qu'elle puisse s'appuyer sur une la plus
grande culture, c'est à dire de plus grande capacité critique, et in fine, à la
plus grande liberté de jugement. On retombe sur le même problème que rencontre
l'occident avec la valeur des oeuvres créées pour le marché et celles qui sont
« classiques » c'est à dire estimées dignes d'être enseignées dans
les classes : il faut à l'enseignement les moyens de développer la
capacité de jugement esthétique de chacun afin de préserver le patrimoine et la
diversité culturels, gage de liberté. Sinon le choix se fait en amont :
censure, ou hégémonie de l'offre du marché, c'est à dire la loi du plus grand
nombre.